La domination des Oranjes s’explique en grande partie par le fait qu’Abdul s’est mis faire des passes. Ses premières attaques en solitaire lui ont en effet valu quelques remarques pédagogiques mais fermes de ses coéquipiers, l’encourageant transmettre le ballon l’un ou l’autre des autres mecs en Oranje sur le terrain avant de le perdre.

Cela peut paraître incroyable mais cela a marché (et plusieurs témoins sont l pour convaincre les incrédules).

Parmi ces prêcheurs de l’impossible figure en particulier Jamil, maître jouer des Oranjes, qui a pu ainsi organiser un jeu collectif efficace. Nommons aussi Ahmed, encore plus affuté qu’avant, après plusieurs semaines de pratique intensive de sports de surhomme, Jérôme (alias Laurent pour Abdul) dont nous avons enfin pu apprécier les qualités d’ailier de débordement, Damien, dont il suffit pour louer la performance de dire qu’il fut égal lui-même, et Ghislain dont le doublé a marqué les esprits.

Kezman était l aussi.

A noter en face de brillantes individualités mais un manque cruel de jeu collectif. Soulignons en particulier, pour le regretter, le dramatique gâchis de talent représenté par la triste performance de Dimitri. Nous connaissons son habileté balle au pied mais il semblait avoir oublié lundi que le football était un sport collectif. En s’abstenant de passer le ballon ses coéquipiers il a lourdement handicapé son équipe. Il est en particulier l’origine de plusieurs buts encaissés par les Blancs par son simple refus d’effectuer la moindre passe en retrait (pourtant l’arme fatale selon Michel Platini).

Une fois que les Blancs furent menés par 7 3 ils décidèrent que la plaisanterie avait assez duré et prirent enfin les bonnes décisions.

Première mesure : notre valeureux gardien (l’auteur de ces lignes, pour ceux qui l’ignoreraient) cessa de gambader plus ou moins judicieusement travers le terrain pour reprendre sa place dans les buts. Difficile pour moi d’évoquer la qualité de ma propre performance. Notons simplement que nous étions menés 3 7 lors de ce changement et que nous l’avons finalement emporté 10 7. Je ne dis pas que je suis seul responsable de la totale invincibilité de notre défense sur cette période mais on devine tout de même que j’ai bien dû accomplir quelques exploits ici ou l pour résister aux assauts des Oranjes, dont nous avons déj souligné la qualité.

Deuxième point : les Blancs ont enfin écouté les consignes de Beko, qui a fait le nécessaire pour organiser un groupe d’individualités mal coordonnées. C’est alors que nous avons pu apprécier l’exemplaire efficacité défensive des frères Sylvain et Sylvester. Nous connaissions leurs qualités offensives, ils ont su plus d’une fois annihiler les attaques pourtant redoutables de nos adversaires. Les deux invités qui portaient également ce maillot Blanc, Julien et Hicham, ont produit eux aussi un excellent football, en défense comme en attaque, prenant exemple sur un Beko qui ajoutait la virtuosité son action organisatrice.

Seule ombre au tableau, Dimitri n’a pas suivi le mouvement. Il a continué dans ses errements, s’entêtant avec obstination ne pas effectuer la moindre passe en retrait. Pourquoi ? Considère-t-il que faire une passe en retrait serait déchoir ? Passer le ballon son gardien ne serait pas digne de lui ? Ou avait-il le fait le pari de ne faire de passe que vers l’avant ? Voil les questions que pose l’étrange comportement de ce garçon, pourtant raisonnablement adroit avec ses pieds.

La réponse cette angoissante question se trouve peut-être dans l’échauffement d’avant match. Prenant place dans les buts, Dimitri a produit quelques arrêts chanceux et il a alors révélé que son idole absolue n’était ni l’habile Zidane, ni le talentueux Neymar ni l’éblouissant Maradona mais le gardien de but Michel Preud’homme (goal international belge, élu meilleur gardien du monde en 1994). Nous savons tous combien le rôle de gardien de but est décisif (et ingrat) mais parmi les qualités requises ne figure pas celle de passeur. En particulier s’agissant des passes en retrait, sévèrement déconseillées dans ce poste. Cela explique peut-être que ce geste, pourtant simple, ne figure définitivement pas au répertoire de notre ami, par ailleurs plutôt sympathique (comme en témoigne sa jolie photo ci-dessous).