L'ampleur de l'écart a justifié un temps mort côté orange, le temps d'une reconfiguration tactique et d'une remise en route mentale. Dès lors, les Oranges, fidèles à la tradition batave, ont pratiqué un jeu léché, parfois flamboyant, et très juste dans son expression collective. Score final : 11-6 pour les Néerlandais.

On retiendra de ce match la partition individuelle de 4 joueurs, qui à des titres divers, nous ont donné la chair de poule.

Ahmed, d'abord. À sa silhouette ciselée de grand sportif s'ajoute une personnalité affable et intègre. Ahmed, c'est une valeur sûre dans tous les domaines de la vie. Son altruisme sur le terrain et sa générosité dans l'effort se traduisent aussi par une probité sans faille et un profond sens du collectif. Il n'a pas supporté qu'un joueur puisse souiller, l'espace d'un instant d'égarement, l'institution PFC et l'a fait savoir avec fermeté et autorité. Ahmed joue toujours dans l'intérêt supérieur de l'équipe et l'a encore confirmé lundi dernier. Merci, Ahmed, de ne pas t'être résigné et d'avoir fièrement porté les couleurs du PFC.

Anis ensuite, auteur d'une prestation époustouflante, à n'en pas douter le match de sa vie. Comme transfiguré par ce maillot orange, qu'il a pourtant hésité à enfiler dans le vestiaire, il a rayonné sur le carré vert dans des proportions qui dépassent l'entendement. Il a été de tous les bons coups et à dû planter 5 ou 6 buts. Un match plein, énorme, avec toute sa densité physique et son impact technique... Sur sa prestation de lundi, il aurait mérité un Ballon d'Or. Pied droit, pied gauche, tête... Rien ne l'arrête. Michael Jackson a marché sur la lune avec son célèbre moonwalk, Anis a marché sur l'eau lundi soir et transformé en but ou passe décisive chacune des balles reçues. Il nous a gratifiés d'une belle lucarne. À n'en pas douter, Anis aime les lunettes, les lunettes à l'Anis. Et pourtant, en dépit de sa production étincelante, le geste du match n'est pas à mettre à son crédit...

Avant de célébrer le clou de la soirée, revenons sur un fait du match. À l'occasion d'un coup franc adverse, notre dictateur, en jouant les hommes volants, a été heurté par un ballon très puissant dans le bas-ventre. Nous avons craint un instant que le coq viril ne devienne un chapon fragile. Fort heureusement, sa douleur a fini par s'estomper au terme de longs instants et nous permet, avec légèreté dans ce billet, de soumettre à la sagacité de nos lecteurs cette devinette de Noël : quelle est la différence entre une poule et un chapon ?

Mais revenons au sublime car c'est bien de cela qu'il s'agit. Les plus grands auteurs de notre littérature ont su trouver les mots. Lamartine : "Ô temps, suspends ton vol" et Flaubert : "Ce fut comme une apparition". Un ange (en or, un or ange) s'est invité Porte de La Muette. Il nous avait quittés l'an dernier avec une certaine idée du football, faite de panache et de plénitude, dans une expression collective admirable. Nous avons assisté à la résurrection de Johan Cruyff. Le numéro 14 des Pays-Bas était porté par Michel, comme habité par l'esprit et le pied de Johan Cruyff. Dans un timing parfait, Michel arme sa frappe, reprend de volée un centre d'Anis (encore lui) et attrape le filet opposé, médusant le gardien, les joueurs et la France du football. Clin d'œil à Marco Van Basten un soir de finale de l'Euro 88. Probablement le plus beau geste d'un joueur du PFC depuis le coup du scorpion de Rui. Nous sommes quelques-uns à pouvoir dire "j'y étais".

Si Platini et Levy ont le même prénom (et peut-être le même âge ?), ce n'est pas un hasard. En tout cas, je mets au défi aujourd'hui Michele le Juventino de réussir une volée du calibre de celle de Michel le Panthéiste. Ce geste technique parfait qui nous donne la chair de poule... Merci et bravo Michel pour ce geste de grande classe exécuté avec maestria et relâchement.

Pour clôturer ce billet, on remercie Jamil de nous avoir épargné, cette semaine, dans le vestiaire son habituel slip Comics.

Solution de la devinette : Une poule, cha pond et un chapon, cha pond pas...

Pour info, les autres titres envisagés pour ce billet : "Trois hommes et un coup fin" et "Platini aussi s'appelait Michel".

Bonne semaine à tous et à lundi prochain...