L'avant-match, d'une part. Pour le profane, l'avant-match dans le vestiaire est un temps "transformiste" où nous troquons les habits du jour pour la glorieuse et prestigieuse tunique "rossonera" du PFC. Ce serait oublier les sommets métaphysiques auxquels les échanges d'avant-match peuvent nous conduire. Après la traditionnelle revue des résultats footballistiques du WE (le but magique de Suarez et la perte mathématique du fauteuil de leader du Qatar SG), la discussion a porté sur l'un des grands enjeux du débat politique, économique et social : le syndicalisme français dans le monde ferroviaire francilien. Pour éviter toute identification suspecte, nous nommerons dans les prochaines lignes par le diminutif D notre bienveillant dictateur. Avec le toucher de balle qu'on lui connaît, au sens le plis rhétorique du terme, il nous a gratifié d'un vibrant hommage aux bienfaits du syndicalisme à la française... et d'un subtil exposé sur les arcanes du dialogue social. Pour illustrer son propos, il a décortiqué la stratégie de défense adoptée pour un collègue ayant fait l'objet d'une réclamation client... pour avoir prétendument délivré audit client un titre de transport dans le plus simple appareil. Vous avez bien lu : dans le plus simple appareil. Sans entrer dans l'étiologie d'un telle situation (une histoire de pari perdu entre collègues et de dernier client de la soirée), notons que le courrier du client a mis en porte-à-faux le nouvel Adam. Une astucieuse démarche, mêlant travail de fond, travail d'usure et sens du dévouement syndical, a permis à Monsieur D. "d'innocenter" son collègue. Nous n'en attendions évidemment pas moins de notre dictateur syndical. Le collègue ainsi sauvé lui aurait proposé, en guise de remerciements, un coca (quel monde ingrat !)... quand notre dictateur eût davantage été sensible à d'autres présents davantage en rapport avec le service rendu. Depuis le mythique film Les Dieux sont tombés sur la tête, on savait la bouteille de coca parée de mille vertus... mais pas encore celle de rémunérer l'évitement d'un licenciement ! Mais cette anecdote sympathique n'était pas le clou de cette soirée du PFC... car le sublime avait également décidé de s'inviter Porte de la Chapelle lundi dernier...

Un instant du match, d'autre part. Les rouges mènent de 2 buts sur les sans-mailots. Rui (un des Reds de la soirée), animé par sa légendaire vivacité, récupère un ballon au milieu de terrain. Son adversaire laisse par réflexe traîner le pied et déséquilibre Rui. Tout footballeur normalement constitué et habité d'un patrimoine génétique ordinaire aurait chû en faisant entendre une voix stridente. Mais Rui, le roi de l'aile de pigeon le long de la ligne, auteur d'un retour tonitruant dans l'équipe, ne l'entendait pas de cette oreille. S'il a crié pour témoigner du mauvais geste subi à un arbitre imaginaire, il a décliné un trajectoire à la limite du descriptible, rappelant les premiers atterrissages d'un pilote de montgolfière. Mais, à l'image d'un Mormeck vaillant, il n'a pas cédé aux sirènes de la loi de la gravitation universelle, et a poursuivi sa course, en perpétuel déséquilibre, mais sans jamais choir. Il conclut sa course d'une passe à Olivier (notre nouvel avant-centre, recrue 2012 brillante tant par son talent que son état d'esprit), qui lui remet en une-deux en l'air... omettant que le rééquilibrage de Rui s'était traduit par une fulgurante accélération qui le plaçait un bon mètre devant le centre reçu. Et là, certains pourront dire, comme à Munich un soir de mai 1993, comme à Saint-Denis un soir de juillet 1998, comme à Rotterdam un soir en 2000 : "j'y étais". Dans un geste ébouriffant de classe, à la manière d'un albatros majestueux, à la manière d'un parachutiste chevronné, d'un Higuita de retour aux affaires, Rui s'est envolé et a éclaboussé de toute sa classe la capitale en réussissant le parfait coup du scorpion.

Tout était magnifique dans la séquence : la récupération initiale, le cri suite au contact, le défi aux lois de l'apesanteur, l'envol, la trajectoire du ballon et, bien évidemment, le but. Quand Victor Hugo a écrit La Légende des Siècles, il devait secrètement espérer que quelque 136 ans plus tard, son recueil trouverait son illustration la plus accomplie Porte de la Chapelle. Au nom de la communauté des historiens que je représentais ce soir-là (en l'absence de notre valeureux gardien), je remercie très sincèrement Rui pour nous avoir fait autant vibrer. Les plus vieux supporters du PSG de l'équipe se rappelleront sans doute l'affiche utilisée par le PSG il y a environ 20 ans pour stimuler sa campagne d'abonnements : "PSG, fais-nous rêver" avec Amara Simba en position de bicyclette retournée. Lundi dernier, c'était : "PFC, tu nous as fait rêver..."

Merci et encore bravo, Rui.