Scénographie originale pour lancer la représentation, avec une entrée en scène comme le Panthéon n’en avait jamais connu. L’arbitre a en effet demandé aux deux équipes de s’aligner sur le bord du terrain avant d’entrer de part et d’autre de la ligne médiane, comme le prévoit le cérémonial des matchs internationaux. J’ai noté que certains de nos adversaires saluaient la foule virtuelle au cours de ce simulacre. Je comprends a posteriori que c’était pour conforter notre arbitre dans l’illusion qu’il dirigeait effectivement France-Brésil, ou Barcelone-Manchester. Nos adversaires avaient déjà subi cet arbitre au cours d’un match précédent, et apparemment ils l’avaient bien déchiffré.

Peut-être avons-nous péché sur ce plan du diagnostic psychologique, en ne comprenant pas la portée de sa remarque sur les tenues.

En bon metteur en scène, il ne pouvait pas rester indifférent au problème des costumes. Il a ainsi noté avec émotion que notre valeureux gardien arborait un maillot du même jaune que le sien. Il nous alors demandé si nous avions un autre maillot ou une chasuble pour notre goal. Apparemment il souhaitait sérieusement conserver le monopole du jaune fluo sur le terrain. Malheureusement nous ne l’avons pas compris ainsi, tellement c’était absurde. Absurde d’abord parce que le risque de confusion entre un goal et un arbitre est à peu près nul, pour la raison qu’ils ne se trouvent jamais dans la même zone. On a d’ailleurs vu dans des matchs officiels des tenues voisines pour ces deux personnages sans que cela pose le moindre problème. Absurde aussi parce que, d’un point de vue très pragmatique et sans tabou, notre valeureux gardien est blanc (et plutôt pâle en ce début d’hiver), alors que notre arbitre cinéaste est noir. Ce qui réduit encore le risque de confusion. Absurde enfin parce que le gardien adverse était en rouge, c'est-à-dire de la même couleur que nos joueurs de champ. Les risques de confusion étaient là bien réels et pourtant notre costumier n’a pas proposé de changement de maillot. Nous avions donc toutes les raisons de prendre sa remarque avec le sourire, ce que nous avons fait en lui signalant que notre site donnait bien la couleur du maillot de notre valeureux gardien. Cela ne l’a pas fait rire, et certains d’entre nous pensent même qu’il nous en a tenu rancune.

Et ce pourrait être à l’origine de la manière dont il est intervenu dans le scénario du match. C’est nous qui en avons écrit les premières pages, en marquant un joli but au cours du premier acte, par Issam, pendant une période de domination d’une vingtaine de minutes. Nos adversaires nous ont ensuite fait reculer, et se sont créé plusieurs occasions nettes, annihilées par une défense efficace. L’entracte a donc été atteint sur ce score de 1-0 pour nous, qui était plutôt flatteur. Ils ont rapidement égalisé en deuxième période, avant que Hedi ne marque notre second but, qui a semblé leur couper le moral. C’est alors que le scénariste en jaune leur a accordé un pénalty très sévère, accompagné d’un carton jaune qui l’était encore plus (sévère, pas jaune), et qui nous a privés de Selim pendant quelques minutes. Ce coup de théâtre a bouleversé le déroulement du match, puisqu’après avoir marqué le pénalty ils ont profité de l’absence de Selim pour inscrire un troisième but. Nous n’avons pas pu revenir, et le rideau est donc tombé sur ce score de 3 à 2 pour l’IGN (dont nous soulignons avec plaisir le fair play tout au long de la partie).

Notre description des interventions de l’arbitre serait incomplète sans l’évocation des dialogues. Retenons surtout, suite à une remarque de Karim, sa répartie précisant que le football n’était pas un sport de contact. Même si tout doit être relativisé, il me semble que cette position est difficile à tenir, et cela nous a valu après le match des discussions animées (mais qui n’ont pas dépassé les limites du respect mutuel).

Le prochain épisode de nos aventures nous opposera, sur notre terrain, à l’équipe de Sport O Solidarité, qui ne compte que des victoires depuis le début du championnat. Souhaitons que pour ce match le Grand Scénariste n’ait pas peur de se montrer surprenant.