En principe, dans un match de football bénéficiant d’un arbitrage simplement correct, un tacle venant de derrière et effectué les deux pieds décollés est sanctionné d’un carton rouge direct. C’est un acte de violence, et ces actes appellent une telle sanction lorsqu’ils mettent en péril l’intégrité physique du joueur. Il en est également ainsi d’un coup de pied appliqué avec la semelle au niveau du sternum de l’adversaire. Le trop fameux Mark van Bommel s’est rendu coupable du premier de ces gestes, et son coéquipier Nigel de Jong du deuxième, sur la personne de Xavi Alonso. Pour ce dernier, le mouvement vu au ralenti est spectaculaire. Dans un dessin animé on verrait le pied de l’agresseur ressortir dans le dos de la victime, nous n’en sommes pas loin, et il est particulièrement étonnant qu’Alonso n’ait pas été gravement blessé sur cette phase de kick-boxing.

Dans les deux cas le joueur hollandais n’a reçu qu’un carton jaune. Ce qui constitue à chaque fois un scandale.

Les spécialistes qui approuvent cet arbitrage adapté remercient Monsieur Howard Webb de n’avoir pas « faussé » la finale. Aurait-il réellement « faussé » cette finale en appliquant les règles qui ont pour objet de sanctionner les actes de violence, et donc de maintenir les joueurs en vie ?

Une autre règle prévoit que l’attaquant qui continue son action après avoir été sifflé hors jeu écope d’un carton jaune. Deux Hollandais, Arjen Robben et Robin van Persie, ont eu ce comportement alors qu’ils avaient déjà un carton jaune. Ils auraient donc mérité un carton rouge, qui n’est pas venu. Là encore l’arbitre a sans doute fait exception à la règle pour ne pas « fausser » la finale. On peut le comprendre plus facilement que sur les actions précédentes. Le problème est qu’il n’a pas homogénéisé son barème entre les deux équipes. Ainsi, lorsqu’Iniesta, après un but dont on comprend qu’il lui ait fait plaisir, est allé le célébrer fou de joie, et à enlevé son maillot pour découvrir l’inscription sur son t-shirt qui rendait hommage à un joueur défunt, l’arbitre a appliqué la règle qui sanctionne ce geste d’un carton jaune. De même, lorsque Xavi, dans les toutes dernières minutes (après le but espagnol), a poussé le ballon après le coup de sifflet qui aurait dû mettre fin à son action (poussé de quelques mètres je le précise), il a reçu le carton jaune réglementaire.

Autrement dit, Iniesta et Xavi ont été sanctionnés alors que van Bommel et van Piersi ne l’avaient pas été. Tout cela pour ne pas « fausser » la finale. On a donc l’impression que ce match, peut-être le plus important pour le football mondial sur une période de 4 ans, et en raison même de cette importance, bénéficie d’un corpus réglementaire différent des autres.

Ce n’est pas qu’une impression, et le site Panthéonfc.fr est en mesure de vous révéler qu’il existe un Code, tenu secret, que Sepp Blatter remet en mains propres à chaque arbitre désigné pour une finale de Coupe du Monde. Nous avons pu nous le procurer. Dans ce Code figure une liste des fautes sanctionnées d’un carton jaune. Elle inclut clairement le fait d’enlever son maillot pour célébrer un but, ainsi que tous les gestes de free fight, qui, uniquement pour ce match, échappent au carton rouge. S’agissant du joueur qui continue son action après le coup de sifflet de l’arbitre, on y explique qu’il doit faire l’objet d’une clémence spécifique s’il s’est auparavant livré à un acte de violence gratuite sanctionné d’un carton jaune. Mais s’il a eu un comportement irréprochable jusqu’ici, alors il devra bien recevoir le carton jaune réglementaire.

En tout état de cause, il faut éviter le carton rouge. Le Code spécifie bien de s'arrêter avant le Rouge.

Ce code a été mis en place après l’incident qui a marqué la finale de 1974, qui opposait les artistes qu’étaient alors les Hollandais emmenés par Cruijff, et les Allemands, à l’époque rugueux et désagréables. Après quelques dizaines de secondes de jeu, pendant lesquelles les Allemands n’avaient pas touché le ballon, Cruijff était victime d’une faute indiscutable dans la surface de réparation. L’arbitre John Taylor avait cru bon de siffler un pénalty, au mépris des arrangements mis en place pour permettre aux Allemands de remporter leur Coupe du Monde. Heureusement il rattrapa ensuite son erreur en accordant un pénalty plus que discutable aux Allemands, puis en tolérant de leur part un comportement qui empêcha les Hollandais de jouer au football. Depuis cette date, le code formalise les obligations des arbitres, et évite que la finale ne soit « faussée » dans un sens déplaisant. La première application de ce Code permit aux Argentins de 1978 de l’emporter face aux mêmes Hollandais, toujours aussi talentueux, mais victimes d'un Code qui interdit de passer à l'Orange.

Bien évidemment, de même que dans les matchs ordinaires les arbitres n’appliquent pas toujours les règles de façon identique, il arrive que le Code ne soit pas appliqué de manière tout à fait conforme. On peut penser alors à une erreur ou une initiative de l’arbitre, mais il s’agit plus souvent de l’application d’une annexe au Code, écrite spécifiquement pour une Coupe du Monde. Ainsi de la finale 2006, où le coup de tête de Zidane, pourtant moins dangereux, et donné avec plus de maîtrise, que le coup de savate asséné par de Jong, lui valut un carton rouge alors même que l’arbitre ne l’avait pas vu. Il semble assez clair que le quatrième arbitre, Luis Medina Cantalejo, a eu recours à la vidéo et a communiqué ensuite avec l’arbitre central. Difficile ici de croire à une improvisation quand on sait que ce même Cantalejo, arbitre du huitième de finale Italie – Australie, avait accordé aux Italiens un pénalty totalement injustifié à la toute fin du temps réglementaire. On peut légitimement supposer qu’une annexe avait été ajoutée à ce Code, dédiée spécifiquement à la manière de traiter les Italiens et leurs adversaires. Le titre de cette annexe était « Mes vacances en Italie pour le restant de mes jours ».

En l’absence d’annexes de ce type, le Code n’a pas toujours vocation à décider du vainqueur. Il s’agit simplement de définir un comportement propre à éviter de faire passer au premier plan une décision de l’arbitre. Si Monsieur Webb avait légitimement expulsé un joueur Hollandais, cette décision figurerait dans les premières lignes de tous les comptes-rendus, pouvant laisser penser que l’arbitre a été décisif dans le résultat du match. Ce que la Fifa ne peut pas accepter, puisque, comme nous l’avons déjà explicité plusieurs fois, elle tient à entretenir l’idée qu’au foot c’est le meilleur qui gagne, indépendamment de tous les aléas. Et particulièrement de l’aléa central qu’est l’arbitre et des deux aléas plus latéraux que sont les juges de touche. Avec cette absence d’expulsion, certes on discute de l’arbitrage ici ou là, mais rien n’est très net, d’autant que les Hollandais ont eu la grande intelligence de protester contre l’arbitrage. Ainsi, au lieu qu’une unanimité s’exprime pour dénoncer un coupable laxisme en faveur des assassins en orange, les avis semblent diverger, et l’idée émerge que les fautes d’arbitrage ont pu se compenser et donc ne pas influer sur l’issue du match. De fait reconnaissons que l’Espagne a bien remporté la victoire qu’elle méritait.

La Fifa peut donc se réjouir, de l’avis de tous c’est bien le meilleur qui a gagné, et grâce au Code Finale aucune décision arbitrale ne peut donner l’impression d’avoir « faussé » le jeu.