Le théorème de Lévy (du nom de son auteur, valeureux bénévole du football français), s’appuie sur la constatation suivante : la plupart des commentateurs jugent les performances des joueurs avant tout en fonction du score final du match. Et pour certains uniquement en fonction de ce score. Contre toute logique, si une équipe perd un match à la dernière seconde, même sur une action où l’arbitre et le hasard ont une bonne part de responsabilité, ses joueurs seront moins bien notés, moins bien jugés, que si le même aléa avait joué en leur faveur.

Sur la base de cette observation, le théorème de Lévy s’énonce en trois points :
- La corrélation entre le résultat d’un match et le jugement porté sur les joueurs par un commentateur est d’autant plus forte que le commentateur manque de personnalité.
- Un jugement pertinent doit pouvoir s’abstraire du résultat final du match.
- Seuls de rares élus sont capables de produire de tels jugements.

Cette pratique consistant à noter sur la base du score final est très répandue et lourde de conséquences. A titre d’exemple Canavaro lui doit son ballon d’or. Il est en effet évident qu’il ne l’aurait pas reçu si l’Italie n’avait pas gagné la Coupe du Monde en 2006, et on sait ce que cette victoire doit à l’aléatoire (ou disons à des éléments que Canavaro ne pouvait ni maitriser ni influencer).

Elle participe d’un comportement plus global connu sous le nom de rétro-prévision, qui consiste à considérer que tout ce qui s’est passé avant l’événement permettait de l’anticiper, autrement dit que ce qui est arrivé devait arriver, et surtout qu’on l’avait prévu. Le roi de la rétro-prévision appliquée au commentaire est Christian-Jean Pierre (CJP). Tous ceux qui ont la triste habitude de regarder des matchs sur TF1, avec CJP au micro, le savent inconsciemment. Si vous n’en êtes pas convaincus, imaginez-vous devant un match indécis, au score encore vierge. Un but est marqué. Que va dire CJP ? Fermez les yeux vous allez l’entendre …. Il dit « Eh oui, on le sentait venir ! ». Si c’est l’équipe qui dominait qui marque, il ajoute « … depuis le temps qu’ils poussaient », et si c’est l’autre ce sera : « …comme toujours à force de dominer sans marquer, on s’expose aux contres ». Mais quoiqu’il arrive, « On le sentait venir ». Alors que, évidemment, il n’avait rien prédit.

Pareillement, les mauvaises notes des perdants prétendent expliquer leur défaite, alors qu’à la vérité l’explication est inverse : c’est parce qu’ils ont perdu qu’ils seront mal notés. Les notes ne reflèteront donc pas leur comportement réel.

On l’a dit seuls de rares élus sont capables de s’abstraire du résultat final du match pour produire un jugement. Parmi ces élus figure Benlosam, et ce de manière évidente depuis qu’il a dans ces colonnes produit les notes des joueurs de l’Equipe de France avant même le match contre l’Uruguay. Il n’y a pas de plus belle façon de proclamer l’indépendance totale entre ces notes et un résultat final dont on sait qu’il est toujours riche d’une bonne part d’aléatoire.