Quelques détails d’abord sur l’entrée refusée à Pierre. Lorsque l’arbitre lui en a expliqué la raison, notre valeureux débris de gardien s’est trainé jusqu’à sa hauteur pour faire appel à sa clémence, en lui proposant de demander l’accord des adversaires. Accord qui était sans doute acquis, compte tenu du fair play de l’équipe de Villeroy et de la bonne ambiance sur le terrain. Mais il a opposé un refus catégorique à ce changement, refusant même que nous interrogions les adversaires. Il était inutile d’insister, et le temps qui courait jouait contre nous. Pierre a donc dû renoncer, et il est facile d’imaginer sa déception.

La signature de la feuille de match était l’occasion d’en savoir un peu plus sur les motivations de l’arbitre. Il a commencé par redire qu’il n’y avait que 12 noms, en ajoutant que c’était la règle et qu’il n’y pouvait rien. Nous avons avancé qu’au contraire il y pouvait quelque chose, qu’en l’occurrence il y pouvait même tout, et qu’il n’y aurait eu aucun inconvénient à laisser entrer Pierre et à compléter la feuille après le match (il savait que nous avions plus que 12 licences). Sa réponse fut pour évoquer une possible réclamation des adversaires (hypothèse absurde on l’a dit). Et lorsque nous lui avons expliqué que nous aurions pu leur demander leur autorisation, et que nous avions justement proposé de le faire, sa réponse, qu’il voulait définitive, fut la suivante « Ah mais dans ce cas il n’y a plus besoin d’arbitre ».

Et effectivement, s’il s’agit de faire parler le sport, le fair-play, l’esprit de la règle et même l'esprit tout court, il n’y a pas besoin de lui. Impeccable manière de dire que sa présence n’est justifiée que pour exprimer l’interprétation la plus limitée, la plus bornée, et en définitive la plus stupidement nuisible, de la règle. Le mot obtus n’a pas de meilleure illustration que ce comportement.

Nous avons croisé cette saison un certain nombre d’arbitres plus ou moins inefficaces, désagréables, et finalement néfastes. Celui-ci, me semble-t-il, ne figure pas parmi les plus mauvais quant aux décisions prises vis-à-vis du jeu. Mais il bat tous les records en termes d’obtusité. Si l'on essaye d'aller au-delà de la déconvenue de Pierre (qui de toute façon traverse ces temps-ci une période euphorique en tant que supporter de l'OM, et donc en fait plus rien ne l'atteint), la certitude qui habite Monsieur Obtus dans l'application bornée d'une règle dont il est pourtant facile de mesurer les conséquences, et surtout sa conviction profonde de "n'y être pour rien", font un peu froid dans le dos.