Les discussions ont commencé dans notre vestiaire, lorsque l'arbitre nous a rendu la feuille de match qu'il voyait ainsi remplie de travers pour la première fois de sa carrière. Informé, sur dénonciation d'un de nos coéquipiers, des études suivies par notre buteur, l'arbitre ne s'est pas privé de gloser sur l'efficacité des études en question et sur les aptitudes qu'elles validaient. Il s'est même interrogé sur le type d'activité professionnelle qui pouvait s'accomoder de ce genre d'inefficacité.

Nous n'avons pas poursuivi la discussion sur ce terrain. Inutile de révéler que Jérôme est un de ces trop fameux traders dont l'impéritie et la cupidité ont mis par terre le capitalisme financier et par contre-coup l'économie mondiale. D'une part nous n'aimons pas désigner à la vindicte arbitrale ceux de nos coéquipiers qui ont fauté. D'autre part nous voulions éviter d'aggraver la crise de confiance qui mine notre système bancaire.

N'empêche qu'une telle erreur reste étonnante, surtout que l'équipe adverse avait déjà rempli (correctement) sa partie, et qu'il suffisait donc de s'inspirer de leur modèle. Jérôme nous a fourni une explication intéressante : le cadre prévu pour les numéros de licence est en fait trop petit pour les y loger. Il a donc préféré les noter dans l'autre colonne, où ils rentrent beaucoup plus facilement. Il faut reconnaître qu'il n'a pas tort, et on peut même se réjouir du soin que met notre buteur à faire entrer dans le cadre. Nous n'oserons pas ajouter que si d'autres avaient eu le même souci pendant le match nous n'en serions pas là.

Quoiqu'il en soit, le comportement consistant à noter les chiffres non pas dans la case prévue à cet effet, mais dans la case où ils rentrent le plus confortablement, pour pragmatique qu'il soit, ne doit sans doute pas faciliter le fonctionnement de certaines activités sensibles d'une des plus grandes banques françaises. Les plus hautes autorités de l'Etat ont promis de rechercher les coupables et de les sanctionner, on peut leur conseiller de se pencher sur le formatage des formulaires et des bordereaux utilisés par nos financiers.

Et si les leçons tirées de la crise nous permettent d'avoir à l'avenir des feuilles de match où les numéros de licence tiennent autrement qu'écrits à la loupe, tout cela n'aura pas été vain.

N'oublions tout de même pas de mentionner que notre but a été marqué par Miloslav, monté au milieu de terrain en deuxième mi-temps après avoir abattu en défense pendant la première période un travail énorme et bien mal récompensé.